Deux publications parues ce mois-ci m'ont fait réfléchir, et je voudrais partager ce qu'elles m'inspirent.

Le 13 octobre, le FMI a prévu une croissance mondiale de 3,1 % en 2026 puis de 3,4 % en 2027, tirée en bonne partie par l'investissement dans l'intelligence artificielle. Il parle pourtant d'une économie mondiale « scindée » : les pays importateurs d'énergie, peu présents dans les chaînes de valeur technologiques, sont les plus exposés.

Deux jours plus tard, la Fed de San Francisco notait que l'IA a, pour l'instant, peu d'effet sur l'emploi total aux États-Unis. Un détail retient cependant l'attention : pour les postes qui demandent au moins une formation supérieure, les offres destinées aux débutants ont nettement reculé en trois ans, alors que celles des profils intermédiaires et seniors sont restées stables.

Ce constat n'étonnera pas ceux qui travaillent sur le progrès technique. Une nouvelle technologie ne touche jamais tout le monde de la même façon. L'IA prend d'abord en charge les tâches les plus codifiables, celles qu'on confiait justement aux jeunes recrues : une synthèse, une première version de rapport, un tableau à mettre en forme. Or c'est en faisant ces tâches qu'on apprend le métier. Un senior est productif parce qu'il a d'abord été débutant. Si la première marche disparaît, je me demande qui formera les experts de demain.

Au Maroc, la nouvelle enquête du HCP (deuxième trimestre 2026, aux normes de l'OIT et non comparable à l'ancienne) donne un chômage de 9,5 %, mais de 27,2 % chez les 15-24 ans et de 16,7 % chez les diplômés du supérieur. Soyons prudents : rien ne permet de dire que l'IA explique ce chômage des diplômés, dont les causes sont plus anciennes, à commencer par le décalage entre formation et emploi. Mais si ce que l'on observe aux États-Unis se diffuse, cela viendra s'ajouter à une difficulté déjà bien réelle.

Il me semble qu'il faudrait regarder les stages, l'alternance et les premiers emplois comme un investissement collectif dans l'expérience, et non comme un coût.

Et vous, qu'en pensez-vous ? Si l'IA remplace d'abord le travail des débutants, comment les jeunes acquerront-ils l'expérience qui fait la productivité des seniors ?

Sources